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Difficultés d’application des décisions gouvernementales

Les soupçons de Tebboune

© D.R

Constatant les blocages que rencontre l’action de l’Exécutif sur le terrain, le chef de l’État a décidé, lors du Conseil des ministres, de la mise en place “d'un outil de contrôle de mise en œuvre des décisions du gouvernement”.

À l’issue de la réunion, dimanche, du Conseil des ministres, le chef de l’État a ordonné au gouvernement la mise en place d'un mécanisme de “contrôle de mise en œuvre sur le terrain des décisions du gouvernement dans tous les domaines en concrétisation des solutions aux préoccupations des citoyens”. 

Cette recommandation du chef de l’État semble faire écho à ses nombreuses remontrances dans lesquelles il suggérait l’existence de “blocages”, au niveau local, des décisions prises au niveau central. Pour Abdelmadjid Tebboune, il s’agirait de “complots” dont l’objectif serait d’entraver son action. Lors d’une rencontre avec les walis organisée en août dernier, il pointait du doigt déjà “des pratiques de certaines forces d’inertie qui essayent de toucher à la stabilité du pays et d’empêcher le processus de changement”.

La veille de cette rencontre, la présidence de la République avait annoncé le limogeage de certains responsables locaux auxquels on avait reproché d’avoir échoué dans leur œuvre de réaliser certains projets initiés par les autorités. “Le gouvernement prend des décisions pour soulager la souffrance des citoyens et elles ne sont pas appliquées sur le terrain”, avait-il martelé. Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, reprendra à son compte les mêmes accusations quelques mois plus tard. Plus récemment encore, c’est le médiateur de la République, Karim Younès, qui fustige ce qu’il qualifie de “terrorisme de la bureaucratie”.

Il a évoqué des lenteurs administratives qui “laissent penser, dans certains cas, à une volonté délibérée d’entraver la démarche de rénovation du système de gouvernance voulue par le président de la République”. “Il y a lieu de relever, qu’à des niveaux élevés de la hiérarchie, subsistent encore des esprits gelés, sectaires, qui tentent toujours de nuire à la volonté du président de la République d’asseoir des règles de fonctionnement de l’État plus conformes aux normes d’une Algérie de son temps, telle que voulue par ses citoyens”, a-t-il encore asséné depuis Sidi Bel-Abbès où il était en visite le 17 février dernier.

En ordonnant la mise en place de ce mécanisme, le chef de l’État suggère que la “chaîne de commandement” dans l’application des décisions gouvernementales est contrariée parfois au niveau local, mais sans fournir la nature de ces blocages, ni les motifs et encore moins s’ils participent d’actions délibérées ou par incompétence.  

Sur le terrain, les responsables, qui font face quotidiennement aux problèmes des citoyens, ne nient pas ces blocages. Mais des présidents d’Assemblées populaires communales, comme d’anciens walis, imputent cela au “système” qui est là depuis de très longues années. C’est l’avis de Lounès Djouadi, P/APC de Timizart (Tizi Ouzou), qui estime que ces blocages sont liés “à la nature du système” qui fait qu’il existe “plusieurs centres de décision”.

Dans ce “système”, “même les walis n'échappent pas à cette règle, puisqu'il y a des directeurs de l'exécutif qui échappent à leur contrôle”. Exemple de cette administration tentaculaire ? “Au niveau local, tout échappe aux élus : le foncier est géré par l'Agence foncière de wilaya, les zones d'activité par la Direction de l'industrie, les logements sociaux par les chefs de daïra. Même le recouvrement des taxes se fait par le biais des trésoreries intercommunales”, énumère l’édile.

Ce que conforte l’ancien wali d’Oran et d’Annaba, Bachir Frik. Pour avoir longtemps géré des collectivités locales, ce dernier  observe que “si des lois existent, la culture de ‘l’impunité’ règne au niveau local”. Illustration : la délivrance d’un permis de construire que les responsables doivent en principe remettre dans un délai maximal d’un mois. Mais, “aucune sanction n’est prévue si l’agent ne respecte pas cette loi”. Autre exemple : celui des investissements au niveau local que l’État a confié aux walis.

“C’est irresponsable de confier un dossier aussi sérieux à un seul homme qui peut utiliser ce pouvoir selon ses humeurs !”, soutient Bachir Frik, qui révèle que depuis “deux ans, les responsables locaux, dont beaucoup de walis, ont peur de signer un quelconque document” parce qu’ils “ont peur de se retrouver en prison”.

Il plaide, dans ce cadre, en faveur de la révision rapide des mécanismes d’investissements avant de s’interroger : “Qu’est-ce qui empêche le Président de prendre des décisions pour alléger les contraintes bureaucratiques ?” Mais la bureaucratie explique-t-elle à elle seule les remontrances présidentielles ?  

 


Ali Boukhlef


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