L’Actualité Interdits de publicité, des journaux À grand tirage risquent la fermeture

Temps durs pour la presse écrite

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Karim BENAMAR Publié 02 Mars 2022 à 11:05

De nombreux titres de la presse écrite sont aujourd’hui blacklistés et interdits de publicité. © Archives Liberté
De nombreux titres de la presse écrite sont aujourd’hui blacklistés et interdits de publicité. © Archives Liberté

Face à une grave crise financière, “El Watan” a opté pour l’augmentation du prix du journal. Une situation inédite à laquelle font face de nombreux journaux connus pourtant pour leur grand tirage et leur ancrage dans la société.

Le quotidien francophone El Watan est proposé, depuis hier, à 40 DA dans les kiosques, au lieu de 30 DA. Une augmentation justifiée par les graves difficultés financières auxquelles fait face cet organe d’information national depuis au moins deux ans. Cette décision d’augmenter le prix du journal de dix dinars a été envisagée, selon les gestionnaires de l’entreprise, comme dernier recours permettant d’assurer la survie de ce fleuron des médias nationaux, fondé en 1991. “Nous n’avions pas le choix. Nous avons mis sur la table toutes les possibilités et avons étudié tous les moyens pour éviter de mettre la clé sous le paillasson”, a expliqué, pour Liberté, Mohamed-Tahar Messaoudi, directeur général d’El Watan. 

Il faut dire que l’ampleur de l’asphyxie financière à laquelle fait face ce quotidien est telle que les salaires du personnel risquent tout simplement de ne pas être versés dans les prochains mois. En vérité, ce quotidien enchaîne les bilans négatifs ces deux dernières années et cette augmentation du prix du journal “ne va pas régler les problèmes financiers de l’entreprise”. “Elle permettra, j’espère, de gagner quelques dividendes, de quoi assurer le versement des salaires des employés”, soutient encore le directeur d’El Watan. 

Alors que le journal espérait sortir la tête de l’eau en 2020, à travers la signature d’un contrat de publicité avec l’Agence nationale d’édition et de publicité (Anep), cette dernière, après quelques semaines seulement, a rompu ledit contrat (une page de publicité par jour) de manière subite et unilatérale. 
“Nous pensions voir le bout du tunnel en étant rétablis dans nos droits, à travers un contrat avec l’Anep, pour recevoir de la publicité en 2020. Cet espoir fut de courte durée. Après seulement quelques mois, l’Anep a violé le contrat en décidant unilatéralement de nous couper la publicité, qui reste pourtant un droit, comme le prévoit la loi sur la concurrence”, affirme encore notre interlocuteur. Une situation qui frise l’aberration, sachant que la distribution de la publicité étatique se fait selon des critères loin d’être justes et équitables. 

Parce que, comme El Watan, de nombreux titres de la presse écrite sont aujourd’hui blacklistés et interdits de publicité étatique en raison de leur contenu éditorial qui n’est pas du goût des autorités. “C’est une situation anormale et inacceptable”, fulmine le directeur général d’El Watan. “L’agence publique (Anep) distribue la publicité publique de manière injuste. Sinon comment expliquer que des titres de la presse écrite dont le tirage ne dépasse pas les 2 000 exemplaires par jour reçoivent deux, trois, voire quatre pages de publicité, alors que des journaux connus pour leur grand tirage et leur ancrage dans la société ne profitent jamais de cette même publicité”, s’interroge le directeur d’El Watan. Évidemment, la réponse est connue. Et c’est un secret de Polichinelle que de rappeler que la publicité publique, monopole de l’État, est distribuée en fonction des orientations, des lignes éditoriales assumées par tel ou tel journal et du degré d’allégeance. Des pratiques “autoritaires” qui ne manqueront pas d’impacter lourdement le paysage médiatique déjà chaotique.

En plus de programmer la mort lente des journaux soucieux de produire une information juste, crédible et critique, l’impact de cette politique va bien au-delà des rédactions car, en définitive, c’est le citoyen qui s’en trouve pénalisé. Même le fameux projet de loi sur l’information, ou encore celui sur l’audiovisuel, tarde à venir. Alors qu’on s’attendait à leur adoption, dimanche, en Conseil des ministres, les deux avant-projets de loi ont finalement été renvoyés aux calendes grecques. Selon un communiqué de la Présidence, “le chef de l’État a demandé l’enrichissement de ces textes” avant leur adoption. À ce jour, la corporation des journalistes ignore le contenu de ces deux textes censés réglementer l’exercice de cette activité professionnelle. 

 


Karim B. 

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