■ La valse des directeurs se poursuit à la télévision publique. Le ministre de la Communication a installé, dimanche, Chabane Lounakal, comme nouveau directeur général de la télévision. Il est ainsi le cinquième patron de cette chaîne publique en l’espace de deux ans et demi. Un record.
Chabane Lounakal remplace ainsi Ahmed Bensebane, limogé le mois dernier après 16 mois passés au poste de directeur général de l’ENTV. Ce dernier a été auditionné, dimanche, par les services de la Gendarmerie nationale.
Il est rentré chez lui, mais a dû remettre son passeport dans l’attente de la poursuite de l’enquête qui concernerait, selon des sources concordantes, la passation d’un marché avec une société émiratie. Mais ce n’est pas tant le contrat, portant sur des prestations de service marketing, qui poserait problème.
Il s’agirait plutôt d’une clause qui porte sur la saisine d’un tribunal français en cas de litige entre l’Entreprise nationale de la télévision (ENTV) et la société émiratie. Au-delà de ce contrat, le limogeage d’Ahmed Bensebane confirme que le poste de DG de l’ENTV est un siège éjectable.
Avant lui, le poste était occupé par Salim Rabehi qui n’y est resté que 9 mois. Ce dernier avait remplacé Lotfi Chriet, désigné en mars 2019 et limogé un mois après le début du Hirak.
Auparavant, l’ancien directeur général d’Algérie presse service (APS), Toufik Khelladi, avait dirigé la télévision algérienne depuis 2012. Cette valse des directeurs généraux de la télévision publique est en réalité symptomatique du rôle qu’on attribue à cet instrument médiatique.
Pour l’universitaire Smaïl Maaraf, le poste de directeur de l’ENTV n’“est pas celui d’un manager ordinaire”. “Il s’agit d’un exécutant des ordres du pouvoir. À l’exception d”Abdou Benziane qui a tenté de révolutionner le média, les autres ne sont là que pour exécuter une feuille de route”, insiste-t-il. Pour lui, “le seul vrai travail qui est assigné au directeur général de l’ENTV est de surveiller le JT de 20 heures”.
“Pour les décideurs, l’impact de la télévision sur les populations est très important, d’où la nécessité de faire de la propagande”, résume l’enseignant en sciences de l’information. “Il n’est pas question de montrer des critiques ou des attaques contre la Présidence, l’armée ou le pouvoir de manière générale”, relève-t-il.
En dehors des premières semaines qui ont suivi le début du Hirak, la télévision officielle a tourné le dos à toutes les oppositions. Aucune voix n’y est autorisée, hormis celle relayant le discours officiel ou évoluant à la périphérie du pouvoir. Depuis deux ans, toutes les manifestations du Hirak sont ignorées et gare aux journalistes qui se hasarderaient à s’afficher comme des “empêcheurs de penser en rond”.
Ali BOUKHLEF