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Le chef de la zone autonome tire sa révérence à l’âge de 93 ans

Yacef Saâdi, le guérillero de la Révolution

© D.R

Son rôle dans la bataille d’Alger qui allait desserrer l’étau sur les maquis de Kabylie et des Aurès a été décisif. Avec les poseuses de bombes, Yacef Saâdi a donné à la Révolution un retentissement mondial. Face à la 10e brigade parachutiste conduite par les généraux Massu et Bigeard, Yacef et ses compagnons Hassiba, Zohra, Djamila, Ali La Pointe, Petit Omar ont infligé des défaites morales et militaires aux troupes coloniales.  

Le moudjahid Yacef Saâdi, figure centrale de la Bataille d’Alger, s’est éteint dans la nuit de vendredi 10 septembre à Alger. L’un des derniers héros de la guerre de Libération nationale s’en est allé à l’âge de 93 ans. Né à la Casbah d’Alger, dans la citadelle imprenable, en 1928, Yacef Saâdi épousera, très jeune, la cause nationale pour contribuer avec abnégation et détermination à la libération de l’Algérie du joug colonial. Il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA) dès 1945, année déterminante pour le mouvement national mais surtout pour les premières structures du futur combat libérateur de Novembre 1954. Yacef Saâdi fait partie de l’Organisation spéciale (OS), en 1947. Dans cette organisation, noyau de la guerre de Libération, il côtoiera de nombreux chefs historiques dont Rabah Bitat, Larbi Ben Mhidi, Abane Ramdane et Krim Belkacem. C’est au sein de cette organisation (OS), qu’il se forgera aux techniques de guerre, avant de se révéler comme un stratège hors pair.

Il dirige d’ailleurs, très jeune, la Zone autonome d’Alger, et encadrera Ali la Pointe, Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouali ou encore Petit Omar, son neveu. Au lendemain du démantèlement de la fameuse Organisation spéciale, en 1950, Yacef Saâdi part en France. Après deux années passées en exil, il regagne l’Algérie en 1952, où il reprend son métier de boulanger jusqu’en 1954, année du déclenchement de la guerre de Libération. Mais aussi, une année déterminante pour le jeune Yacef Saâdi, qui a alors tout juste 24 ans. L’appel de la patrie, il l’entendra et le boulanger ne tardera pas à rejoindre les rangs de la lutte armée, notamment après avoir rencontré Rabah Bitat, l’un des chefs importants de la guerre de Libération et néanmoins membre du Crua (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action).

En 1955, il est envoyé en Suisse pour rencontrer les dirigeants de la Révolution en exil. Arrêté et expulsé vers la France, il sera libéré en septembre de la même année. À partir de là, il deviendra un homme central de la lutte armée dans l’Algérois notamment, où il crée, en 1955, le premier commando de la Zone autonome d’Alger, avec Ali La Pointe, sous l’autorité d’Abane Ramdane. Pendant près de deux ans, le désormais responsable et stratège militaire aguerri, s’attellera à organiser l’un des plus vieux quartiers populaires d’Alger, à savoir La Casbah, avant de lancer avec ses compagnons la Bataille d’Alger en 1957. 

Une guérilla dans la guerre
Yacef Saâdi sera condamné trois fois à la peine de mort. Il sera gracié en 1959. Il s’agit là d’un parcours certainement “atypique”, fait observer l’historien Fouad Soufi. “Ma première réaction, après l’annonce de son décès, et de me souvenir qu’il est le premier à avoir écrit un livre sur la Bataille d’Alger, publié en France en 1962. Il est vrai que je n’ai pas cherché à comprendre le pourquoi du comment de ce livre, en revanche la question que je me pose encore c’est comment cet ouvrier boulanger est devenu responsable militaire adjoint de la Zone autonome d’Alger, avec Abane Ramdane et surtout Larbi Ben Mhidi”, affirme l’historien, ajoutant que “c’est sans doute là un parcours atypique”. “A-t-il suivi le même processus qu’ont connu d’autres militants, notamment de l’OS ? J’ai envie de dire que Yacef Saâdi attend son historien mais pas son hagiographe.

L’historien a toujours une vision critique. Faudra-t-il souligner que Yacef Saâdi n’est pas né avec la Bataille d’Alger. C’est plutôt la Bataille d’Alger qui a forgé la figure de ce combattant de la Révolution puisqu’il s’est retrouvé, après l’assassinat de Larbi Ben Mhidi, en mars 1957, et le départ des membres du CCE qui, au Maroc qui, en Tunisie, responsable de la résistance à Alger. Son arrestation en septembre 1957 avec Zohra Drif, puis la mort violente d’Ali La Pointe et ses quatre compagnons dont Hassiba Ben Bouali et son neveu Petit Omar, ferme une parenthèse, pour un temps, à la résistance dans la capitale, avant de reprendre le combat en décembre 1960”. Chose intéressante, fait observer Fouad Soufi, “Yacef Saâdi réapparaît dans la deuxième Zone autonome d’Alger, fin 1961, si je ne m’abuse, sous le commandement d’Azzedine pour combattre l’OAS. Mais après l’Indépendance, il refuse de se soumettre à la Wilaya IV et rejoint Ahmed Ben Bella, comme d’ailleurs Ferhat Abbas. Yacef Saâdi était sans aucun doute un homme qui privilégiait avant tout l’action.

Il faut par ailleurs souligner que le film La Bataille d’Alger, dont le retentissement reste au jour d’aujourd’hui mondial, va construire l’icône du héros national, qu’il mérite par ailleurs, mais va réduire la connaissance de la guerre de Libération nationale à cette séquence de l’histoire”, souligne encore l’historien. Après le combat libérateur, l’indépendance acquise, Yacef Saâdi se consacrera à l’écriture, en apportant des témoignages précieux sur la guerre de Libération. Yacef Saâdi se lancera également dans la production cinématographique. Il crée alors une société de production cinématographique qui produira La Bataille d’Alger, réalisée en 1966, par l’Italien Gillo Pontecorvo, dans lequel Yacef Saâdi joue son propre rôle. Un film qui comptera parmi les chefs-d’œuvre du cinéma algérien mais aussi mondial. L’ancien responsable de la Zone autonome d’Alger se distinguera par ailleurs par ses prises de position dans le débat national, non sans soulever des polémiques parfois virulentes dans les médias nationaux.

“Contrairement à d'autres il a eu le mérite de porter son témoignage et de dire sa vérité sur un moment emblématique de notre Histoire, moment aussi qui reste amplement a connaître et à mettre en lumière une histoire détachée des luttes d’ego et d'influences”, dit, à ce propos, le chercheur en histoire Hosni Kitouni. “Les conflits qui n'ont pas manqué de travailler de l'intérieur notre lutte de Libération nationale se sont malheureusement répercutés bien après 1962, en rendant toute espèce de questionnement sur notre passé polémique et parfois même trop personnel”, ajoute-t-il. Pour le chercheur Hosni Kitouni, Yacef Saâdi n'a pas manqué de contribuer par certaines de ses prises de position à quelques-unes de ces polémiques. “Celles-ci aussi devront être interrogées le moment venu”, dit-il, avant d’ajouter que “la perte de Yacef Saâdi, c'est la disparition d'un des derniers acteurs de la Bataille d'Alger... un autre témoin s'en va, telle est sans doute la loi de la vie”. 

 

Par : Karim Benamar  

 

 


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