Culture ENTRETIEN AVEC ALI GHANEM

“Toujours du cinéma” D. R.

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Nourreddine LOUHAL Publié 10 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
© D. R.

Lorsqu’il parle du cinéma, ses propos emboîtent le pas à l’itérative phrase musicale tirée d’un thème mélodique, qui accompagne le générique d’un film. Et s’il y a un air qui doit accompagner notre entretien, le choix va à l’indémodable tube “Toujours du cinéma” (1973) du regretté Patrick Juvet (1950-2021) qu’on a fredonné étant ados. Il aime le cinéma et les profils des métiers techniques et créatifs qui font l’esthétique du ciné, le cinoche de notre jeunesse. Il voue une liaison passionnelleau cinéma, jusqu’à se prendre les pieds dans les câbles d’un plateau de tournage. Lui ? C’est Ali Ghanem, rencontré autour d’un café à l’Institut français d’Alger, en marge de la 25e édition du Sila. Écoutons-le.


Liberté : Des projets en cours ?
Ali Ghanem : J’ai un pied ici au Sila et sur le plateau de tournage de mon film Destins croisés où je promène ma caméra autour de quatre Algériens — Ahmed Tayebi, Salah Teskouk (décédé), Abderrahmane Kebir (décédé) et Ali Ghanem – qui s’étaient liés d’amitié depuis l’âge de trente ans, dans les années 1970 à Roubaix, Valenciennes et Tourcoing, où il y a une forte présence d’Algériens, dans le Nord de la France. À ce propos, l’un a réussi sa vie et rêve d’un retour au bled pour ce qu’il lui reste à vivre et mourir. Seulement, sa femme et ses enfants ne l’entendent pas de cette oreille et refusent d’être du voyage. L’autre a eu les clefs pour la réussite d’un mariage d’amour et a même eu sa part du rêve américain aux États-Unis. Mais, c’était compter sans la “faucheuse” et le cruel destin qui ont fait de lui un veuf. Suite à quoi il chope la maladie d’Alzheimer. Reste que le troisième comparse n’a qu’une passion : l’apprentissage de la théorie musicale (solfège) et de l’instrumentation. Néanmoins, le sort s’acharne sur lui lors d’un malheureux accident de la circulation où il perd une main. Ce qui l’a contraint à la comédie. Pour ce qui est du quatrième acolyte, il arbore le brassard de syndicaliste dans les luttes ouvrières.
Toutefois, le premier clap a eu lieu il y a trois ans à Aïn El-Bordj, mon douar natal dans les plaines des Aurès, près de Lambèse et de Thamagada, en Algérie. Certes, qu’il y a de la nostalgie mais aussi de l’envie de rendre hommage à la ferme de mon père Amar qui est en ruines et en friche depuis que je l’ai quitté à l’âge de dix ans à la suite du bombardement de l’exploitation agricole familiale durant la guerre. Et de là, Constantine m’a ouvert ses bras.

Est-ce autobiographique en ce qui vous concerne ?
Non ! S’il m’était offert l’opportunité de conter mon itinéraire, j’aurai opté plutôt pour une saga littéraire que j’adapterais ensuite à l’écran. Sachez toutefois que dans Destins croisés, on voit les personnages de mon film à la fleur de l’âge, la trentaine, et jusqu’à ce qu’ils soient croulants, à 70 ans et plus. Étant autodidacte, j’ai eu la chance de vivre une existence féconde, voire exceptionnelle qui est amalgamée du 7e art, du journalisme auquel je me suis essayé et de la littérature qui m’a adopté. Outre cela, mon palmarès d’orateur est étoffé de 400 conférences que j’ai animées à travers l’Europe et l’Afrique.

C’est à croire qu’Ali Ghanem a fait sienne la ligne éditoriale où il porte un œil critique et analytique sur la vie des Algériens, d'ici ou de là-bas, et de sa société qu’il porte à l’écran et dans sa réelle rigueur.
L’option que j’ai choisie, se focalise autour des sujets qui soient dignes d’intérêt pour moi et le public. Il est vrai que la littérature offre un support d’inégalable liberté de tons alors qu’au cinéma, le cinéaste se trouve pieds et poings lié d’abord par le scénario ainsi que le temps qu’il lui est imparti et surtout par la réussite de l’image qu’il se doit de mettre en boîte.
Faut dire que j’ai découvert la littérature lors de l’écriture d’Une femme pour mon fils, qui était à l’origine un scénario que je n’ai pu concrétiser à l’écran faute d’enveloppe budgétaire. Autrement dit, c’est la version roman Une femme pour mon fils qui a fait le succès du film que j’ai tourné grâce à Mohammed Lakhdar-Hamina. S’ensuit Le serpent à sept têtes (Flammarion 1984) puis mon roman Le bonheur c’est de quel côté ? qui n’a pas été publié.

Qu’en est-il de votre livre Conversations méditerranéennes ?
En ce qui concerne le journalisme, j’y ai pris gout au fil d’une quarantaine d’interviews avec des personnalités préalablement choisies dans la politique et l’écriture, dont Yamina Zora Belaïdi dite Yamina Benguigui, Nourredine Saadi (1944-2017), Germaine Tillon (1907-2008) et Harry Salem dit Henri Alleg (1921-2013) pour ne citer que ceux-là.

Auriez-vous des difficultés, ou est-ce un peu tôt pour en parler ?
Effectivement, j’ai des soucis pour être enfin au bout de la pellicule de mon film, dont le montage, l’étalonnage et le mixage restent à réaliser. Partant de ce fait, la finition est malaisée car je suis à court du sonnant et trébuchant. Alors et pour atteindre ce résultat, je multiplie des contacts pour y trouver le nerf de la guerre qui est l’argent. Dans cette perspective, je ne crois pas au sponsoring qui n’est qu’un leurre. D’un autre point de vue, le film est d’une durée de deux heures et sera distribué ici et en Europe, pour peu qu’un mécène consente à délier les cordons de la bourse. D’ailleurs, cela en vaut la peine, étant donné que c’est un film d’auteur. Donc écrit et pensé telle une œuvre livresque d’auteur, où s’esquissent des rapports humains.

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