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Culture / Culture

NOTRE DAME-D’AFRIQUE CÉLÈBRE SON 150e ANNIVERSAIRE EN 2022

Une maison de paix et de tolérance

© D. R.

Joyau de la capitale algérienne, Notre-Dame d’Afrique célébrera en 2022 son 150e anniversaire ; une date importante car cela est devenu rare qu’une “basilique dans un pays à majorité musulmane ne soit pas en ruine ou menacée. De plus, qui est fréquentée et appréciée par les autorités et la population”.

“Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans”, tels sont les premiers mots qui font face au visiteur à l’entrée de la basilique. Cette invocation inscrite tout autour de l’abside centrale de l’église est un beau message de paix et de tolérance, qui a résisté au temps et aux différentes phases historiques ayant marqué le pays. Joyau de la capitale algérienne, Notre-Dame d’Afrique célébrera en 2022 son 150e anniversaire ; une date importante car cela est devenu rare qu’une “basilique dans un pays à majorité musulmane ne soit pas en ruine ou menacée. De plus, qui est fréquentée et appréciée par les autorités et la population”, rassure le recteur P. José María Cantal Rivas, rencontré vers la fin octobre. 

C’est une belle journée ensoleillée, et “Madame l’Afrique” rayonnait telle une diva hollywoodienne sur les marches du podium, sous le regard de ses admirateurs. Et, du haut de la façade, la vierge Marie accueille les visiteurs qui profitent de la vue sur la baie d’Alger. Il est 11h, le son de cloche annonce l’ouverture des portes. Ils sont nombreux à faire le déplacement : lycéens, étudiants, familles… Toutes ces personnes sont unanimes sur la beauté de Notre-Dame. 

“C’est la première fois que je viens ici et pourtant j’habite à Alger. J’étais curieuse de voir la basilique et je ne regrette pas le déplacement ; c’est si beau et reposant”, nous confie une étudiante. Et de déplorer : “Beaucoup de personnes pensent que c’est ‘haram’ de venir ici, alors que notre religion n’a jamais interdit cela !”

À ce propos, le seul péché de ces personnes est certainement de se refuser de visiter ce lieu saint, qui fait partie de notre patrimoine. Réalisé par l’architecte Jean-Eugène Fromageau de Saumur en France, les travaux de construction ont débuté en 1858 et ont été achevés en 1872 (d’une longueur de 54 m et d’une hauteur de 48 m, dans un style byzantin pour l’architecture et espano-mauresque pour le décor). “L’endroit de la construction n’a pas été choisi, comme le veut la légende, pour dominer les indigènes, car il y a d’autres endroits plus hauts à Alger. Mais, à côté de la basilique, existait déjà une chapelle, d’où le choix du lieu”, indique le père José María Cantal Rivas. 

En fait, ce sont deux demoiselles originaires de Lyon (France), qui travaillaient au séminaire Saint-Eugène, qui sont à l’origine du pèlerinage à Notre-Dame d’Afrique et “plus tard de la construction de la basilique”. 

Notre-Dame d’Afrique : Reine des apôtres
Considérée comme reine des apôtres. Après la prière, les croyants la remerciaient “en laissant des souvenirs, comme des poupées pour les femmes ayant pu engendrer des enfants”. D’ailleurs, sur les murs nous pouvons lire des centaines d’inscriptions “ex-votos” (vœux exaucés), écrits notamment par “des rescapés de la Première Guerre mondiale, des malades de la fièvre jaune ou par des marins qui font face au danger de la mer”, explique le recteur. Et à l’homme d’église de raconter : “Dans la tradition populaire, les hommes sont indignes de la grandeur des Dieux, alors ils s’adressent à une personne qui partage notre condition humaine, et cette personne est Marie, la plus pure des créatures.”

En effet, toutes les églises baptisées Notre-Dame font référence à la vierge Marie, à l’exemple de Notre-Dame de Paris, du Liban ou d’Ukraine, et ce, afin de “créer un lien entre un endroit concret et les saints”. Au sujet de la statue de Marie en bronze portant une robe de style mejboud de Tlemcen, qui se dresse sur un piédestal de céramique bleue orné par l’artisan Boumehdi, notre guide a expliqué avec humour  : “Comme la statue est devenue pratiquement noire, beaucoup pensent que Notre-Dame est une femme venue d’Afrique et qu’elle a été enterrée ici !” Concernant les fresques, il est à rappeler qu’elles ont été renouvelées en 1993, car celles de 1937 réalisées par le peintre belge Émile Deckers ont “été endommagées par l’humidité.

Malgré les apparences, le bâtiment n’est pas fait avec des matériaux de grande qualité comme ceux de saint Augustin à Annaba”, confie Cantal Rivas. Et les fresques centrales sont l’œuvre de l’artiste algérien Mohamed Bouti et de l’artiste mexicain Salvador Lira, qui fait un clin d’œil à l’Algérie en introduisant une galette dans “Le Dernier Repas de Jésus”. Quant à l’entretien des lieux, il est maintenu grâce aux donateurs (90% d’Algériens). Pour les grands chantiers de restauration, à l’instar de celui qui a eu lieu de 2007 à 2010, la partie des fonds récoltés est issue, entre autres, d’institutions privées et publiques algériennes. 

Célébration de 150 ans de paix, d’amour et de tolérance  
Malgré la pandémie, le père José a l’ambition de célébrer le 150e anniversaire de la basilique, et ce, bien évidemment dans le strict respect des mesures sanitaires. Et cette célébration se déclinera à travers une série d’activités (concerts, conférences…). “L’an passé, nous étions frustrés de ne pouvoir organiser d’événements”, regrette le recteur.

Afin de rattraper le retard, tout un programme a été concocté pour la circonstance, à savoir expositions, diffusion de vidéos sur des parties peu connues de la basilique, visites guidées dans différentes langues, impression de cartes postales commémoratives, création de chasubles brodées avec des motifs algériens par des artisanes locales. “On prévoit également des concerts, mais cela dépendra de nos partenaires, car ils financent les spectacles. Certes, nous prêtons les locaux mais nous ne pouvons assurer les frais de visa, de voyage, le cachet…”, informe-t-il.

Pour le volet scientifique, les traditionnelles journées mariales islamo-chrétiennes, lancées il y a six ans, reprendront dès le mois d’avril. Parmi les thématiques traitées lors des tables rondes, on peut citer : écologie et spiritualité ; la femme moteur de l’Afrique ; l’expérience algérienne du dialogue… animées par des universitaires et des personnalités de différents horizons. 

Le vivre-ensemble, un vecteur unificateur  
Par ailleurs, l’un des sujets qui préoccupent et intéressent le recteur de Notre-Dame d’Afrique est incontestablement le vivre-ensemble. Ainsi, l’un des objectifs fixés est de créer des espaces de rencontre où les divergences religieuses ne seront pas au centre des conversations. “Le domaine dogmatique ou religieux n’est pas la seule chose où les croyants peuvent se retrouver ou être en désaccord. Car il y a dans la culture ce patrimoine commun, qui peut nous rassembler”, propose-t-il.


À ce propos, le père José a raconté avec beaucoup d’enthousiasme qu’un appel au nettoyage de l’esplanade de la basilique avait été lancé sur les réseaux sociaux et, à la surprise générale, c’était un “succès” et les bénévoles ont commencé à arriver très tôt le matin : “Sur ce point, tout le monde est d’accord sur la propreté de la nature. Quand on est croyant, respecter la nature est respecter Dieu ! Et cela relève du domaine écologique.” “L’avenir est à la collaboration. Par exemple, dans le domaine écologique, si cette planète explose, elle explose pour tout le monde. À cet effet, on ne peut imaginer que nous puissions vivre longtemps en s’ignorant les uns les autres”, estime le prêtre.

Selon notre guide “spirituel”, Notre-Dame d’Afrique et la basilique de saint Augustin ont cette particularité, d’une “présence d’un christianisme qui ne pose pas de problème, qui ne touche pas à l’identité musulmane du pays. Elles représentent un patrimoine commun, regardé avec bienveillance par les autorités et la population”. Très impliqué dans la culture du vivre-ensemble, il espère que ce projet soit concrétisé également sur le terrain et ce, à travers le partage d’espaces, la multiplicité d’initiatives, d’activités culturelles… “Même si cela ne provoque pas un chamboulement cosmique”, cette démarche finira par “créer un socle”, qui dit : “S’ouvrir à la diversité, ce n’est pas me trahir en tant que musulman : apprendre de l’autre va m’enrichir dans mon identité.”

Après une matinée avec le père José María Cantal Rivas, nous ne pouvons que ressortir le cœur léger et l’esprit apaisé, grâce à sa bonne parole et à son humour sans faille. Sans occulter la beauté des lieux qui apportent repos et sérénité. D’ailleurs, le vivre-ensemble n’est pas impossible, car “si tout le monde avait la même religion, le monde s’effacerait. Alors il faut accepter les différences”.
 

Hana MENASRIA


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