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Économie / Actualités

Ports secs

Le coût élevé d’une fermeture

© D.R

Le ministre des Finances a déclaré il y a plus d’un mois que la fermeture de ces plateformes est une “décision souveraine”, sans avancer la moindre raison.

Injustifiable est cette décision de fermeture des seize ports secs prise par les pouvoirs publics. Sans aucun argument valable, ces plateformes ont été fermées de manière unilatérale. Tous les courriers envoyés par les gérants de ces bases logistiques à la présidence de la République, au Premier ministre, au ministère des Finances et à l’administration des Douanes sont restés lettre morte. Ce qui a suscité d’ailleurs, moult interrogations chez des patrons de ces zones sous-douane. “À quelle fin une telle mesure a été prise ?”, s’interrogent-ils sans toutefois obtenir la moindre réponse. “Nous avons la preuve que certaines parties sont en train de pousser au maximum afin de soumettre à la signature avant le 12 juin 2021 un décret exécutif pour condamner définitivement les entreprises privées qui gèrent ces zones logistiques”, écrit toutefois, la Fédération patronale des transports et de la logistique (Translog) dans un rapport sur la situation de ces entités. 

En termes plus clairs, des responsables veulent évincer le privé de ce secteur d’activité. “Ce sont ces mêmes parties qui ont fait signer au président de la République la loi de finances 2021 qui contient des dispositions très particulières (voir l’article 96 de la loi des finances 2021 qui consacre une activité marchande/commerciale exclusivement aux entreprises publiques en excluant les entreprises privées)”, explique la Fédération dans son rapport. Pourtant, la Constitution algérienne publiée le 30/12/2020 au Journal officiel n°82 consacre, argue cette organisation, le droit à la liberté de commerce, la liberté d’entreprendre ainsi que celle de l’investissement sans distinction aucune entre l’entreprise publique et l’entreprise privée (article 61 de la Constitution).

Une chose est sûre, le ministre des Finances a déclaré il y a plus d’un mois que la fermeture de ces plateformes est une “décision souveraine”, mettant ainsi un terme aux débats. Pour rappel, en date du 28 mars 2021, le directeur général des Douanes a pris de manière unilatérale, voire arbitraire, la décision de fermer 16 entreprises publiques et privées qui activaient depuis plus de 15 années. Cette décision n’a été ni étayée ni argumentée officiellement. Le seul motif avancé est que la “décision émane des pouvoirs publics”. 

Les conséquences directes sont lourdes. La Fédération parle de la perte de plus de 70 hectares en superficie utile d’entreposage des containers, d’un déficit de 10 scanners pour le contrôle des marchandises, d’un manque flagrant en moyens de manutention d’au moins une cinquantaine de stackers, d’un déficit d’une dizaine de parcs à feu pour recevoir tous les produits dangereux. Avec cette fermeture, ce sont les 11 salles de saisie où les transitaires effectuent leur déclaration en douane qui disparaissent. “La situation qui prévaut dans ce secteur est devenue difficile. La congestion a compliqué davantage les activités des utilisateurs du port, avec des terre-pleins saturés, une rade de plus en plus visible et des coûts qui ne cessent d’augmenter”, déplore la Fédération. L’utilisation du seul entrepôt agréé au profit de la région d’Alger pour les marchandises dangereuses, en l’occurrence, celui de la société Rail Transit à Rouiba, est, de ce fait, submergé par des marchandises dangereuses. 

Plus grave encore, les containers de ces matières dangereuses sont stockés sur 5 niveaux sans aucune procédure ni protocole, est-il constaté dans le rapport. “En cas d’incident au niveau de cet entrepôt nous assisterons à une déflagration incontrôlable pouvant avoir des répercussions très dangereuses sur toute la zone”, avertit la Fédération. Par ailleurs, compte tenu de l’étouffement que vit le port d’Alger, les autorités douanières ont décidé d’utiliser les entrepôts sous douane situés dans la région centre pour stocker les containers. “Or, ces entrepôts sous douane sont dépourvus du minimum requis (ni scanners, ni poids publics, ni surveillance par caméras, etc.) pour accueillir une marchandise qui n’a pas été contrôlée au départ du port”, souligne encore Translog.

Des surcoûts inestimables 
Il faut reconnaître que la décision de fermer les ports secs va exposer notre pays à des surcoûts inestimables en devises au moment où les réserves de changes ne cessent de s’amenuiser à cause de la baisse des recettes en devises due à la crise économique mondiale. “Pourquoi négliger l’apport des 16 entreprises nationales publiques et privées qui gèrent des plateformes logistiques et qui disposent de 15 scanners de dernière génération, de près de 90 stackers et d’autres équipements spéciaux, d’une superficie utile de plus de 120 hectares pour l’entreposage des containers, d’infrastructures et d’équipements pour le stockage des produits dangereux, le pesage des marchandises en cas de doute des douanes, des caméras de surveillance de haute qualité, etc. ?”, se demande la Fédération. 

Fermer ces ports secs, cela signifie que l’État ignore le coût de l’investissement pour ces plateformes logistiques estimé à plus de 50 milliards de dinars (soit 375 millions de dollars) dont au moins 80 millions de dollars directement en devises. Ces plateformes logistiques contribuent à la performance de notre indice logistique qui a toujours été décrié par la Banque mondiale puisqu’il était au 136e rang sur un total de 156. Celui-ci a commencé à s’améliorer ces dernières années mais l’Algérie est toujours classée à la 119e place. Translog cite l’exemple de la seule plateforme logistique publique de Texter située dans la région de Bordj et qui dépend du port de Béjaïa réputé pour être une référence en la matière. 

Elle est dotée d’une superficie de 55 hectares avec un investissement de près de 12 milliards de dinars et des effectifs de plus de 400 personnes. Cette plateforme logistique située au cœur du poumon algérien des produits blancs (téléviseurs, smartphones, électroménagers, etc.) a permis l’exportation de produits pour une valeur de plus de 25 millions de dollars en 2018. Sur un autre registre, les médicaments étaient, jusque-là, importés en containers à température dirigée. Puisque les installations au port humide étaient limitées pour recevoir ce type d’équipements, les containers étaient tous dirigés vers les ports secs qui étaient équipés pour les recevoir. 

En revanche, avec la fermeture de ces plateformes, les armateurs ont décidé de ne plus charger de containers à température dirigée sur l’Algérie ou de diminuer fortement le chargement de ce type de containers. Ce qui risque d’engendrer une pénurie de médicaments dans les semaines à venir.

 


Badreddine KHRIS


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