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Économie / Actualités

Abdallah Seriai, président de l’Association professionnelle des agents maritimes algériens

“L’impact socio-économique est énorme”

© D.R

Liberté : Quelles sont, selon vous, les raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à fermer ces ports secs ?

Abdallah Seriai : En toute sincérité, nous n’avons aucune idée sur les motifs d’une telle décision. Les ports secs ont été fermés définitivement fin mars 2021.

Le ministre des Finances a déclaré récemment que la fermeture de ces plateformes est une “décision souveraine”. Votre avis à propos de cette déclaration ?

Nous avons souhaité être associés, nous professionnels, dans cette mesure qui engage notre pays. Nous sommes des gérants dotés d’une expérience riche dans ce domaine. Avec les administrateurs, nous trouverions, à coup sûr, les solutions idoines pour cette problématique. 

Comment les propriétaires et les gérants de ces ports secs vivent-ils cette situation sur les plans financier, social et économique ?

Ils ont investi beaucoup d’argent dans ces infrastructures. Certains ont utilisé leurs propres moyens financiers, d’autres se sont endettés auprès des banques pour qu’à la fin, ils se retrouvent pénalisés par une décision qu’ils jugent irréfléchie. Ils subissent les méfaits d’un véritable drame en ce moment.

Des pertes sèches ont été constatées au sein de ces plateformes à cause de cette fermeture. Avez-vous une estimation des diverses conséquences provoquées par une telle mesure ? 

Toute entreprise fermée, qui n’a pas d’activité fera fatalement face à des pertes colossales. Ces infrastructures faisaient travailler des gens. L’on dénombre 3 500 travailleurs détenant un emploi direct. Plus de 10 000 autres avaient des emplois indirects : ils étaient transporteurs routiers, personnels de sociétés de sécurité, transitaires… Ce sont autant de postes d’emploi qui ont disparu du jour au lendemain et ce, au grand dam des familles de ces employés. 

Les investissements consentis par les propriétaires de ces ports secs se chiffrent en centaines de milliards de dinars. Pourriez-vous avancer quelques statistiques ?

Le dernier des opérateurs a investi plus de 150 milliards de centimes. D’autres ont dépensé jusqu’à 350 milliards de centimes. Je peux citer le cas du port sec public Texter qui appartient à l’entreprise portuaire de Béjaïa dont l’investissement a avoisiné les 1 200 milliards de centimes. Cette plateforme qui emploie près de 500 personnes, est, en fait, un pôle de 55 hectares raccordé à l'autoroute Est-Ouest, à la voie ferrée et relié aux ports maritimes de l'est du pays (Béjaïa, Jijel, Skikda et Annaba). 

Les investissements dans ces ports secs nécessitent-ils des financements aussi colossaux ? 

Chaque infrastructure doit être équipée d’un scanner qui coûte environ 2 millions d’euros, de 5 à 10 stackers d’un montant de 5 milliards de centimes /l’unité, d’un parc à feu aménagé pour les marchandises dangereuses, d’un poids public, d’un système de surveillance par caméra estimé en moyenne entre 50 et 100 millions de dinars, d’un revêtement béton spécial (1hectare seulement coûte 15 milliards de centimes !) 

Quelles sont les solutions que vous proposeriez aux pouvoirs publics afin de débloquer cette situation ? 

Il faut opter pour des solutions transitoires en attendant d’aller au fond des choses. Dans l’intérêt de l’économie nationale, il est nécessaire que les pouvoirs publics et les entreprises gérantes de ces plateformes se concertent pour trouver des solutions intermédiaires afin d’éviter de nouvelles surcharges en devises pour le pays. L’on doit peut-être penser à une spécialisation de ces plateformes logistiques en fonction des flux (produits, import/export, zones de provenance, etc.). Il serait intéressant également de songer à une contractualisation entre les entreprises portuaires et ces plateformes et à une convention entre les propriétaires des plateformes logistiques et le ministère chargé des Transports.

 

 

Propos recueillis par : B. K. 

 


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