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L’appel à la prière diffusé à la télé passe mal après un scandale impliquant des religieuses

En Irlande, l'Angélus qui ne fait pas consensus

Une “survivante” de la maison pour mères célibataires de Tuam, sur le site où sont enterrés les enfants décédés dans l’établissement. © D.R.

Tous les soirs en Irlande, le principal journal télévisé est précédé des cloches de l'Angélus encourageant à la prière. Pour certains, cette diffusion sonne de plus en plus faux dans un pays où l'Église catholique perd de son influence. 

La publication la semaine dernière d'un rapport accablant dans le scandale des anciennes maisons pour mères célibataires, où 9000 enfants sont morts en près de huit décennies, a relancé le débat sur cette diffusion d'une minute qui rythme le groupe audiovisuel public depuis plus de 70 ans. 

Le Premier ministre Micheal Martin a présenté les excuses de l'État pour le traitement infligé aux pensionnaires de ces établissements tenus par des religieuses catholiques et l'État. 

À un moment où l'actualité est dominée par ce scandale, la minute de diffusion sur les antennes du groupe public RTE des cloches de l'Angélus, tous les jours à midi et 18h00 à la radio, et juste avant le journal télévisé de 18h00, passe mal auprès de certains. Des voix se sont élevées sur les réseaux sociaux et une pétition en ligne a été lancée pour obtenir son retrait définitif. 

“Il est temps que l'Angélus soit retiré de RTE. Il est temps que l'Irlande dépasse son sombre passé où l'Église et l'État sont si intrinsèquement liés”, souligne cette pétition, qui avait recueilli lundi soir près de 4200 signatures. Le texte estime qu'il faut, au contraire, encourager “une Irlande nouvelle, inclusive et séculaire” en “séparant l'Église et l'État” au sein du groupe public.
 
18h00, pas 18h01 
Le carillon de cloches symbolisant l'incarnation de Jésus a commencé à être diffusé en 1950 à la radio – la prière elle-même ne l'est pas. Quand la télévision a suivi en 1962, le son était accompagné d'images de peintures de grands maîtres représentant l'Annonciation à la Vierge Marie. La place occupée par l'Angélus est tellement forte que les informations télévisées sont surnommées le “Six One”, en référence à leur diffusion décalée d'une minute, à 18h01. “Je pense que nous sommes prêts à avoir les informations de 18h00 à 18h00”, a tweeté la députée républicaine du parti de gauche Sinn Fein, Louise O'Reilly, qui soutient la pétition. Pour ses critiques, l'Angélus accorde une place démesurée à la foi catholique dans une société qui tente de s'émanciper de l'influence de l'Église.

L'emprise de celle-ci s'est déjà desserrée ces dernières années, quand les Irlandais ont massivement voté en 2018 en faveur de la libéralisation de l'avortement, trois ans après la légalisation, par référendum également, du mariage homosexuel. Poursuivant la vague de changement, les Irlandais ont aussi approuvé en mai 2019 un assouplissement de la législation sur le divorce, quelques mois après avoir soutenu massivement l'abrogation du blasphème de la Constitution. Comme l'Irlande, l'Angélus a évolué aussi. Les images religieuses ont été abandonnées en 2009 pour mettre en scène des anonymes, comme un pêcheur ou une mère endeuillée. 

Depuis 2015, de nouvelles séries d'images sont diffusées pour “favoriser la prière ou la réflexion des gens de toutes les fois ou ceux qui n'en ont pas”, comme celles d'un homme sculptant dans du sable des mains entourant une colombe dans un jardin, dont la tranquillité tranche avec les images d'un trafic routier intense.

Bien que la religion n'y soit pas ouvertement mentionnée, le son des cloches continue d'accompagner les images, et l'émission est toujours appelée “The Angelus”. En 2015, RTE avait reconnu l'aspect clivant de cette diffusion, soulignant que pour certains, elle fait “autant partie de l'identité culturelle unique de l'Irlande que la harpe sur vos passeports”, tandis que pour d'autres, elle constitue “un anachronisme – le rappel d'une période chrétienne plus homogène et pratiquante”. Mais dans un récent communiqué, le groupe audiovisuel, qui dit vouloir représenter une “diversité d'opinions”, cite un sondage selon lequel 68% du public en souhaite le maintien. 

Joe STENSON/AFP 


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