Magazine DU CANARD AUX COUETTES ET DOUDOUNES

Le périple aérien du duvet

  • Placeholder

AFP Publié 22 Mars 2022 à 15:00

© D. R.
© D. R.

Il s'accroche aux cheveux des employés et crisse sous les pas : le duvet volète partout dans l'usine française Interplume qui transforme en quelques heures le plumage de canards collecté auprès des abattoirs en rembourrage immaculé destiné aux couettes et doudounes. 

“On achète les plumes, on les valorise, on les anoblit. La plume est un sous-produit de l'industrie agro-alimentaire, car ces canards sont avant tout élevés et abattus pour leur viande”, souligne Jean-Philippe Catusse en arpentant le site qu'il dirige, un des plus gros d'Europe qui traite chaque jour 4 à 5 tonnes de plumes 100% françaises issues de canards de Barbarie, palmipèdes de couleur blanche qui n'ont pas été gavés. 

“Il y a vraiment une idée zéro déchet”. Si on ne les collectait pas, ces plumes seraient incinérées. Et il n'y pas plus naturel et vertueux que le duvet pour les couettes et doudounes, alors que le rembourrage synthétique est un dérivé du pétrole”, met-il en avant. 

Chaque jour à l'usine de Sainte-Hermine, dans l'ouest de la France, plantée au milieu des champs, des camions-bennes arrivent des abattoirs avec leur cargaison de plumes grisâtres et odorantes, tout juste prélevées par des machines sur les canards qui ont été étourdis avant d'être tués.

La matière brute est déversée dans de grands bassins d'eau et tamisée pour éliminer les résidus de graisse ainsi que les plus grosses plumes, destinées à la chimie fine pour en extraire la kératine. 

“Sur le volume restant, les plumes de 5 à 7 centimètres vont servir à l'industrie de l'ameublement pour les assises et coussins de canapé. Celles de 3-4 centimètres, soit la majeure partie, serviront pour la literie. Et les duvets les plus fins, donc les plus chers, sont destinés aux doudounes ou couettes haut de gamme”, explique à l'AFP Jean-Philippe Catusse. 

Après un cycle d'une heure trente dans des machines à laver industrielles, les plumes sont essorées, séchées, puis chauffées à 120 degrés “pour devenir hypoallergéniques”, et sont prêtes pour le calibrage. 

Flocons tourbillonnants
“Ce qui est le plus léger monte” : derrière les vitres d'une immense trieuse de 8 m de haut, les plumes désormais immaculées sont soufflées pour former un ballet aérien tourbillonnant, puis viennent se poser une à une selon leur taille, les plus grosses retombant en premier tandis que le petit duvet flotte longuement dans les airs. 

“Cela s'appelle du flocon, c'est 10% du volume brut initial. Sa particularité c'est son pouvoir gonflant : un flocon est tridimensionnel et ses barbules s'accrochent à celles de ses voisins pour piéger l'air naturellement”, explique M. Catusse, qui dirige une trentaine de salariés et indique traiter 30 à 40% de la production française de plumes et duvets, estimée à environ 6600 tonnes par an. 

Avant d'être compacté et emballé pour les clients d'Interplume – à 85% des enseignes de literie et 15% des marques de mode et luxe – chaque gros sac est contrôlé par un salarié qui jette en l'air une poignée de plumes et, selon la façon dont elles retombent, “arrive juste à l'œil à déterminer le pourcentage de duvet contenu à 2% près”. 

“Une couette de 220 par 240 cm contient 1,5 kilo de duvet et petites plumes, alors qu'une doudoune ‘normale’ c'est 80g”, précise M. Catusse. 

De l'amont à l'aval, la filière avicole française est très contrôlée. Déjà certifié par plusieurs labels internationaux, Interplume est allé encore plus loin pour garantir l'origine française de sa plume sur les marchés étrangers, où la Chine domine largement comme premier producteur de canards. 

“Nous avons fait appel à un laboratoire qui broie les plumes et en extrait plusieurs ratios isotopiques (eau, alimentation, teneur en carbone, densité de l'air, etc.) prouvant que les plumes sont issues de canards” élevés en France, détaille le président, qui juge cependant “un peu rageant de se dire qu'on produit 100% français et qu'on vend 80% à l'étranger”. 

Mais il souligne que si le synthétique reste largement majoritaire dans la literie et les doudounes, “la demande de naturel est plus forte qu'avant. Beaucoup de marques se disent : attendez, pourquoi essayer de reproduire chimiquement un produit de la nature qui est brûlé si on ne l'utilise pas ?”.
 

AFP 

  • Editorial Un air de "LIBERTÉ" s’en va

    Aujourd’hui, vous avez entre les mains le numéro 9050 de votre quotidien Liberté. C’est, malheureusement, le dernier. Après trente ans, Liberté disparaît du paysage médiatique algérien. Des milliers de foyers en seront privés, ainsi que les institutions dont les responsables avouent commencer la lecture par notre titre pour une simple raison ; c’est qu’il est différent des autres.

    • Placeholder

    Abrous OUTOUDERT Publié 14 Avril 2022 à 12:00

  • Chroniques DROIT DE REGARD Trajectoire d’un chroniqueur en… Liberté

    Pour cette édition de clôture, il m’a été demandé de revenir sur ma carrière de chroniqueur dans ce quotidien.

    • Placeholder

    Mustapha HAMMOUCHE Publié 14 Avril 2022 à 12:00