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A la une / Reportage

point de ralliement des amoureux du djurdjura

Dans la chaleur de “la Maison des randonneurs”

© Liberté

À Boghni, touristes et amoureux de la montagne affluent de différentes régions du pays pour admirer les merveilles dont Dame Nature a gratifié la chaîne du Djurdjura.

Face à l’insuffisance des structures touristiques pouvant accueillir des randonneurs venant de tout le territoire national et même de l’étranger pour découvrir les merveilleux sites du massif du Djurdjura, de plus en plus d’habitants des localités limitrophes se lancent dans la transformation de maisons inoccupées en gîtes touristiques. 
À Iboudrarène comme à Boghni, et dans d’autres localités disposant de sites touristiques dans la wilaya de Tizi Ouzou, le concept fait ses premiers pas et, surtout, séduit. Parmi les promoteurs de ce concept, nouveau dans la région, figure Abdelkader Hamzaoui, un guide touristique également connu pour être un fervent défenseur de l’environnement dans la région de Boghni. Depuis peu, M. Hamzaoui a fondé “la Maison familiale des randonneurs” au pied du Djurdjura. Il s’agit, dit-il, d’une habitation mise à sa disposition par un habitant du village Ighevirenne, dans l’âarch Nath Kouffi, et qu’il a ensuite aménagée pour accueillir les amoureux des randonnées en haute montagne. Cette villa est parmi l’une des constructions les plus imposantes de ce village où l’on peut encore admirer les maisons traditionnelles en terre battue recouvertes de tuiles rouges. Dans une virée sur les lieux, M. Hamzaoui nous fait visiter ce qu’il appelle “la Maison familiale des randonneurs”. Il la décrit ainsi : “Comme vous voyez, elle est construite en rez-de-chaussée surélevé d’un étage. J’ai aménagé les chambres en dortoirs. Il y a aussi un salon, une cuisine, des sanitaires et une salle de bains. Je projette d’ajouter quelques autres petits aménagements. Lorsqu’il y a beaucoup de visiteurs, j’utilise aussi une partie du rez-de-chaussée. Mes hôtes se sentent très bien sur les deux terrasses devant un barbecue à la belle étoile. Ils admirent les beaux paysages et ont une belle vue sur le Djurdjura et au sud l’immense oliveraie Thiniri Nath Mendès.”

Un village typiquement kabyle 
M. Hamzaoui est très satisfait lorsque ses hôtes lui expriment leur joie et leur plaisir en séjournant dans ce beau village typiquement kabyle. “L’habitant qui a mis à ma disposition cette maison a été séduit dès lors que je lui ai exposé mon idée. Ainsi, depuis plus de deux ans, je n’ai plus de problème pour héberger mes hôtes”, nous explique-t-il, non sans évoquer le rôle important que joue l’hospitalité des habitants du village dans la fidélisation des hôtes. “Ils mettent à la disposition des visiteurs même leurs garages et leurs cours pour y garer leurs véhicules en sécurité”, se réjouit-il. D’ailleurs, tout récemment, il a reçu deux groupes de randonneurs venus goûter aux merveilles de la poudreuse qui a revêtu le Djurdjura d’un manteau blanc. Ceux-ci ont été émerveillés par l’accueil de leur hôte et celui des villageois. Une marque de sympathie qui n’échappe pas aux randonneurs qui viennent de plusieurs régions du pays.

“Nous sommes des habitués des lieux. Grâce à Abdelkader, nous faisons chaque week-end une randonnée. Depuis le mois de janvier 2019, nous sommes revenus au Djurdjura plus d’une quinzaine de fois. Nous avons fait plusieurs circuits, tels les Babors, les Aurès, mais c’est plutôt le Djurdjura qui nous émerveille le plus. En plus de cela, nous avons Kader qui met à notre disposition sa maison d’hôtes. Je saisis cette occasion pour appeler les visiteurs, les touristes, les randonneurs et les personnes qui ne sortent que par hasard à garder la nature propre. Je n’oublie pas de remercier les villageois pour leur merveilleuse hospitalité”, dit Abdou, le chef du groupe de randonneurs algérois, impressionnés par ces balades en haute montagne et découvrant en plus l’hospitalité des habitants d’Ath Kouffi et de toute la Kabylie. Devant la Maison familiale des randonneurs, nous avons rencontré un autre groupe de randonneurs de Relizane venus passer leur première nuit à Ighevirenne.

“C’est la première fois que nous faisons le Djurdjura. Bien sûr, grâce à notre ami Kader qui nous offre son gîte et qui nous sert de guide. Tout est beau, surtout la neige qui vient de recouvrir la région. Pour l’accueil qui nous a été réservé, je dirais qu’il est exceptionnel. C’est ce qui fait l’une des valeurs ancestrales des Kabyles. Pour cette deuxième journée, nous prendrons un autre circuit jusqu’au lac Goulmine, sous le commandement de notre guide Kader”, confie Abdellah Gacem, dirigeant un groupe de sept Relizanais. “Nous avons fait Tissemsilt, Tiaret, Oran. Mais le Djurdjura est extraordinaire. Je dirai à tous les randonneurs d’Algérie de ne pas rater la Kabylie et, particulièrement, le Djurdjura où ils trouveront un guide exceptionnel en la personne de Kader Hamzaoui”, souligne notre interlocuteur. Devant la Maison des randonneurs du petit village d’Ighevirenne, qui sort de son isolement grâce à ces visites, nous avons interrogé quelques habitants.

L’un d’eux exprime son avis sans détour : “Cela ne nous dérange absolument pas. Au contraire, en fin de journée, nous rencontrons sur la place du village les randonneurs après une escapade en montagne et ils nous expriment leur joie d’être parmi nous. En tout cas, ils sont les bienvenus chez nous à chaque fois qu’ils le souhaitent.” Une autre hôte du groupe algérois nous a affirmé qu’elle ne se sent pas dépaysée d’autant plus qu’il est en pleine sécurité avec cet ingénieux guide qui n’en est pas à sa première expérience et qui, déjà en 2016, avait accueilli des Français et même un Sud-Coréen.

Développer l’écotourisme  
Alors que nous visitions ce gîte, Hamzaoui reçoit un appel téléphonique d’un architecte qui lui apprend que l’esquisse du plan qu’il lui avait demandé pour réaliser une auberge en haute montagne était prête. “Après avoir visionné mes vidéos se rapportant au combat que je mène pour un environnement sain, une association de Kabyles d’Amérique et du Canada a proposé de m’aider à développer mon projet d’écotourisme. Ses membres vont contribuer financièrement pour bâtir une auberge et une maison d’environnement au Djurdjura”, nous confie-t-il sans plus de détails. Ce guide de montagne bénévole regrette, toutefois, que les autorités n’aient pas répondu à ses sollicitations pour élargir son activité. “J’avais demandé au maire de nous affecter l’annexe de l’école primaire désaffectée d’Ath Kouffi, sise au lieudit Larbaâ, afin de l’aménager en un semblant d’auberge.

À ce jour, aucune réponse ne nous a été donnée”, déplore-t-il. Justement, pour en savoir plus sur la demande de transfert de cet établissement à M. Hamzaoui en vue d’élargir le nombre de places et de développer cette activité, nous avons approché Belkacem Amroune, maire de Boghni. Celui-ci a répondu qu’il n’était pas contre toute proposition qui donnerait un coup de pouce au tourisme dans la région. “Toute initiative qui fera de notre région une destination pour les touristes sera la bienvenue”, dit-il tout d’abord. Pour le transfert de l’une des écoles primaires désaffectées pour manque d’élèves, il explique qu’il y a des procédures administratives à suivre. “Pour cela, nous devons saisir le directeur de l’éducation. Une fois l’accord donné, l’assemblée se réunira pour la concession de l’école au demandeur”, explique-t-il. Toutefois, il propose à M. Hamzaoui les annexes de Mahvane et d’Ath Ali, sises à quelques encablures de Tala Guilef.

“Il vaut mieux confier ces établissements à une personne ou à une association qui s’en occupera plutôt que de les laisser à l’abandon. Si le directeur de l’éducation donne un avis favorable, nous contribuerons à la réhabilitation des classes et nous accompagnerons le demandeur pour réussir son projet”, rassure-t-il. Contacté de nouveau, M. Hamzaoui est satisfait de la proposition du maire, mais encore faut-il qu’elle se concrétise sur le terrain. “Ainsi, cela pourrait grandement contribuer à donner un souffle nouveau au tourisme local”, estime-t-il, d’autant que “la demande est considérable”. Pour preuve, M. Hamzaoui dit recevoir chaque semaine près de 60 personnes divisées en petits groupes de dix à quinze visiteurs en raison des capacités limitées de cette maison familiale du randonneur. “Depuis le déconfinement progressif, je suis assailli par des associations et des familles qui voudraient venir découvrir le trésor caché du Djurdjura après des mois de stress”, affirme-t-il avant de lancer un appel à tous les habitants de la Kabylie, notamment ceux proches des sites touristiques, à se lancer dans des projets similaires.

Il signale que depuis l’arrivée des premiers flocons de neige, il reçoit des appels de toutes les régions du pays en évoquant les deux groupes venus d’Alger et de Relizane que nous avons déjà rencontrés devant sa “Maison familiale de randonneurs”. “Si cet appel a un écho favorable en Kabylie, le tourisme local aura de beaux jours devant lui et contribuera à la création de richesses dans notre région qui, de ce fait, sortira de son enclavement et chacun y trouvera son compte”, dit-il, convaincu et optimiste. À travers cette activité qu’il souhaite voir se développer davantage en Kabylie, M. Hamzaoui estime que ce sont aussi tous les métiers artisanaux traditionnels qui pourront être revalorisés dans les villages limitrophes du Parc national du Djurdjura. “Si nous arrivons à capter un nombre important de touristes, c’est également l’artisanat, tel que la poterie, la vannerie et les produits du terroir, qui pourra connaître un essor”, pense-t-il, considérant que cela peut assurer des ressources aux populations rurales laminées par la misère. 

Réalisé par : O. Ghilès


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