Reportage Commune de Guerrouaou (Blida)

De la zone d’ombre aux… lueurs

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Badreddine KHRIS Publié 01 Mars 2022 à 10:21

© Billel Zehani/Liberté
© Billel Zehani/Liberté

Grâce à ses enfants et à sa zone d’activité, la commune subit, l’espace de quelques décennies, une métamorphose inouïe. De gros investisseurs s’y sont installés, apportant leur contribution à l’amélioration du cadre de vie dans la localité.

Du douar abandonné, anéanti par les méfaits de la pauvreté et de la déchéance et meurtri par les affres impitoyables du terrorisme, à la commune la plus nantie de la wilaya de Blida, Guerrouaou subit, l’espace de quelques décennies, une métamorphose inouïe, vers le meilleur. Après avoir incarné, par excellence, la zone d’ombre rembrunie par les vicissitudes d’un passé ingrat et dédaigneux, cette localité commence à voir et à apprécier les premières…lueurs d’espoir d’un lendemain plus joyeux, d’un avenir radieux et prometteur. Cette ascension fulgurante, elle la doit à ses dignes enfants qui, grâce à leur dévouement, ont pris leur responsabilité et se sont engagés pour réserver un meilleur sort à leur terreau nourricier, au territoire qui a bien voulu les accueillir, il y a de cela plus d’un siècle. 

Des hommes et des femmes natifs de Guerrouaou ont voulu faire de cette ancienne bourgade, de ce vieil hameau, une véritable commune qui aspire au développement, au confort et à la… richesse. Les efforts consentis par les fervents défenseurs de cette localité ont été couronnés par un premier succès, un acquis d’une valeur inestimable : Guerrouaou arrache bel et bien le statut de commune à part entière, à la faveur du découpage administratif opéré en 1984. C’était une jeune commune sans ressources financières, puisque l’ensemble de ses rentrées provenait du Trésor public, c’est-à-dire de l’État. Elle vivotait et se développait petit à petit grâce aux aides publiques. À l’instar des autres régions du pays, Guerrouaou a souffert, elle aussi, des supplices, des malheurs, du climat de terreur et autres dégâts occasionnés par les abominables massacres durant la décennie noire. Des groupes terroristes ont placé une bombe devant le siège de l’APC, incendié le parc communal, ciblé aussi les établissements scolaires… Tous les habitants ont dès lors arrêté leur activité, fui la commune et abandonné leurs terres. 

En 1997, la municipalité a eu l’insigne honneur d’y élire le plus jeune président d’APC de toutes les communes d’Algérie, en l’occurrence Youcef Guennaz, âgé d’à peine 26 ans. À cette période, Guerrouaou n’arrivait même pas à faire face aux dépenses, y compris les salaires des agents communaux. Le président d’APC a commencé à prendre contact avec des opérateurs économiques afin de les convaincre à venir investir dans la commune. Youcef Guennaz vantait les avantages comparatifs que recèle cette ville naissante, tels que le prix très abordable du mètre carré des parcelles de terrain, les facilitations administratives promises, les mesures incitatives et d’accompagnement proposées…, et a réussi à attirer quatre investisseurs durant la période allant de 1998 à 2000. 

La zone d’activité métamorphose la commune
“Il y avait une imprimerie, ISM, gérée par Madani Allane. L’investisseur Nakouri s’était spécialisé dans les matériaux de construction. Les frères Sarir ont implanté une fonderie...”, indique Karim Soualah, vice-président d’APC. Mais la zone d’activités a pris une autre dimension et s’est développée dès l’arrivée de Réda Hachlaf, P-DG du groupe Sopi, fabricant du couscous de la marque commerciale Mama. L’industrie des pâtes alimentaires Sopi a été créée en 1999. Elle s’est spécialisée dans la transformation des céréales et la production de pâtes et couscous. Elle s’est installée dans la zone d’activités de Guerrouaou en 2001. Riche de plus de 25 produits issus de la transformation des blés (pâtes, couscous, farines et semoules), Mama se trouve aujourd’hui dans le top 5 des produits issus de la transformation céréalière vendus sur le marché algérien. “Sopi a commencé petite au début dans la zone.

Mais grâce à la bonne gouvernance que lui ont réservée ses propriétaires, elle est devenue un grand groupe industriel”, souligne M. Soualah. “Les citoyens voyaient Sopi comme Sonatrach. Celui qui décrochait un poste au sein de cette usine était sauvé de la misère qui gangrenait le quotidien de la plupart des citoyens à cette époque-là”, ironise notre interlocuteur. Pour lui, cette entreprise a absorbé une partie du chômage dont souffrait la commune, puisque M. Hachlaf a accordé la priorité dans ses recrutements aux citoyens de Guerrouaou. “C’est l’un des premiers à avoir accompagné et porté assistance aux associations caritatives et sportives et autres organisations de bienfaisance activant sur le territoire de la commune depuis 2002”, avoue M. Soualah. M. Hachlaf et son groupe ont été le support principal sur lequel s’est toujours appuyée la commune pour la réalisation de tous ses projets. Les pâtes de la… Mama constituent, depuis, la valeur nutritive la plus forte et la plus sûre dont peut puiser Guerrouaou pour sa bonne santé… physique et financière. La présence de cette société dans cette zone d’activité a inspiré confiance à d’autres consœurs qui n’ont pas hésité un seul instant à se frayer un chemin pour s’y implanter. 

De gros investisseurs se sont installés dans la localité
C’est le cas de l’entreprise détentrice de la marque de lait Loya, de Sicam (conserverie de fruits et légumes), de Jac (automobile), de Blanky (groupe agroalimentaire dissous)… La commune s’octroie ainsi en toute légitimité une vocation agro-industrielle qui trouve son origine dans la culture de la terre, enracinée dans l’esprit de ses habitants, et sa propension pour ce nouveau savoir-faire apporté par cet ensemble d’entreprises qui ont élu domicile dans cette généreuse et magnanime zone d’activité. Guerrouaou s’enrichit au fil des années grâce à ses recettes fiscales engrangées auprès de ces opérateurs économiques privés qui se bousculaient au portillon pour édifier leurs usines dans cette fameuse zone d’activité, devenue avec le temps la source financière typique et historique de la commune. Guerrouaou porte sur son dos, toutefois, cette lourde réputation antinomique de commune à la fois riche et… pauvre ! Elle dispose de l’argent nécessaire, certes, mais elle n’arrive plus à se placer sur les rails de l’évolution, de l’essor. Or, un tel objectif exige la mise en place d’infrastructures de base qui assureront une vie décente, confortable et paisible aux 17 000 habitants qui composent la population. Sa superficie, évaluée à 18 000 m2, ne suffit pas à concrétiser de telles perspectives devenues, par la force des choses et le poids des années, des rêves réels mais irréalisables. Car plus de la moitié de ce territoire communal est composé de massifs forestiers et montagneux. Cela dit, avec un peu plus de perspicacité de la part des élus et surtout d’assistance de la part des autorités hiérarchiques, ces potentialités forestières du Sud peuvent être exploitées pour en faire des lieux de détente et de loisirs ou y construire des structures touristiques qui profiteront aux habitants de la commune et aux étrangers. “Il faut raccorder des villages à l’électricité et au gaz et les alimenter en eau potable. Ce qui nécessite un budget d’au moins 50 milliards de centimes”, indique encore M. Soualah. La composante de l’actuel exécutif communal est consciente de toutes ces privations qui “putréfient” la vie des Guerrouaouis. L’équipe dirigeante affiche en effet une ferme volonté pour réaliser tous les projets contribuant au développement de la commune, mais elle bute cependant sur cet écueil et non des moindres de la lancinante problématique du foncier. 

Quand le foncier vient à manquer…
Les responsables locaux se rendent à l’évidence et reconnaissent que leur commune est malheureusement pauvre en assiettes foncières. Tous les besoins des citoyens sont identifiés, partagés et répertoriés mais, faute de foncier, ils ne peuvent être satisfaits présentement. Guerrouaou vit paradoxalement avec ce triste contraste de commune riche en rentrées financières et pauvre en ressources foncières…Un exemple édifiant confirmant à jamais l’adage qui dit : “L’argent ne fait pas le bonheur.” Le président de l’APC, Aïd Abderraouf avoue que la commune qu’il préside ne dispose, à ce jour, ni d’une polyclinique ni d’une salle omnisports. “À partir de 17h, pour faire une injection intramusculaire ou en cas d’urgence, les citoyens sont contraints de louer un clandestin à 1 000 DA et d’aller jusqu’à Boufarik ou Ouled Yaïch afin de bénéficier de telles prestations”, étaye Karim Soualah, qui préside aussi la commission des affaires sociales, culturelles et sportives relevant de l’Assemblée communale. Il n’existe pas d’aire de jeux où les enfants peuvent se défouler et jouer, relève-t-il. Si dans la partie nord de la commune l’on recense quatre écoles primaires, deux CEM et un lycée, au sud, constate-t-il, cependant, les enfants parcourent plus d’un kilomètre pour arriver à leur établissement. “Ce que l’exécutif est en mesure de faire actuellement, c’est de changer uniquement les lampes de l’éclairage public, de placer le bitume sur les artères, peut-être de réaliser des forages…”, confie-t-il. Pourtant, ajoute-t-il, “nous détenons les moyens, financiers s’entend, pour réaliser une piscine municipale, un complexe administratif. Nos parents se déplacent jusqu’à Soumaâ pour des prestations au sein de la Cnas ou payer la facture de l’électricité”. C’est dire que la commune “ne jouit pas encore d’une autonomie tout entière”, regrette ce dirigeant. Pourquoi l’APC n’achète-t-elle pas les terrains auprès du privé ? “Il est très difficile de le faire car les prix fixés pour les biens de l’État ne concordent pas avec ceux pratiqués par le privé qui surenchérit régulièrement ses lots de terrain. La différence est énorme. En plus, nous ne pouvons toucher le foncier agricole de par l’intransigeance de la réglementation à ce propos”, argue ce responsable. En revanche, les autorités compétentes peuvent accorder des dérogations à la commune, suggère-t-il, pour l’achat des parcelles relevant des domaines ou des terrains agricoles situés dans les périmètres urbains. 

Une gare ferroviaire, enfin ! 
Ce sont autant de lots gérés par les exploitations agricoles collectives (EAC) et individuelles (EAI) qui peuvent être déclassés pour servir de terrains sur lesquels seront édifiées les différentes infrastructures indispensables dont a besoin la population. 
“Ce déficit en terrains constructibles a créé un sérieux problème avec nos concitoyens qui pensent que nous disposons suffisamment d’enveloppes financières mais refusons de répondre à leurs besoins, à leurs doléances, qui, soit dit au passage, demeurent raisonnables et surtout légitimes”, affirme notre source. Grâce à l’efficiente contribution et à l’insistance des opérateurs économiques, Guerrouaou a pu, néanmoins, bénéficier d’une station de train. Tout a commencé lorsque M. Hachlaf s’est adressé au wali, au cours d’une visite de travail, lui disant : “Nous, industriels de Guerrouaou, avons besoin d’une gare ferroviaire dans cette commune. Je suis prêt à contribuer à la réalisation de ce projet qui va nous rendre un grand service.” Depuis, les travaux de réalisation de cette gare, appelée communément halte ferroviaire de Guerrouaou sur la ligne ferroviaire Alger-Oran, ont atteint un taux d’avancement appréciable, au grand bonheur des citoyens. Car le manque de moyens de transport reste l’un des problèmes cruciaux auxquels sont confrontés aussi les habitants. “Tout développement d’une région dépend essentiellement de l’amélioration de la qualité du transport afin d’y fluidifier au mieux le mouvement des activités commerciales et économiques”, estime Ali, la quarantaine révolue. Et cet épineux problème, ajoute-t-il, “n’a pas été résolu depuis des décennies, poussant ainsi les habitants à perdre des heures et des heures pour entrer ou sortir de Guerrouaou”. 

 

Réalisé par : Badreddine KHRIS

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