Magazine Dans le désert d’Atacama (Chili)

Le cimetière toxique de la mode jetable

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AFP Publié 08 Novembre 2021 à 19:21

Des personnes cherchent des vêtements usagés dans une décharge sauvage à Alto Hospicio, au Chili, le 26 septembre 2021. © D. R.
Des personnes cherchent des vêtements usagés dans une décharge sauvage à Alto Hospicio, au Chili, le 26 septembre 2021. © D. R.

Environ  39 000  tonnes  de  déchets  sont  entreposées  dans  des décharges sauvages à Alto Hospicio, une commune de la banlieue d’Iquique.

Des bottes de pluie ou même des après-ski en plein désert d’Atacama : dans le nord du Chili, les décharges sauvages de vêtements et de chaussures usagés grossissent à la mesure de la production effrénée de la mode à bas coût à l’échelle mondiale.

Le pays sud-américain s’est spécialisé depuis une quarantaine d’années dans le commerce de vêtements de seconde main, entre habits jetés par les consommateurs, déstockages et bonnes œuvres en provenance des États-Unis, du Canada, d’Europe ou d’Asie. Chaque année, 59 000 t de vêtements arrivent dans la zone franche du port d’Iquique, à 1 800 km au nord de Santiago.

Dans cette zone commerciale aux droits de douanes préférentiels, les ballots sont triés puis revendus dans des magasins de seconde main au Chili ou exportés vers d’autres pays latino-américains. 

“Ces vêtements viennent du monde entier”, explique à l’AFP Alex Carreño, un ancien ouvrier de la zone d’importation portuaire. Mais face à la croissance de la quantité de vêtements produits à bas coût en Asie pour des marques capables d’offrir une cinquantaine de nouvelles collections par an, le circuit est engorgé et les déchets textiles s’amoncellent de manière exponentielle.

Environ 39 000 t de déchets sont ainsi entreposés dans des décharges sauvages à Alto Hospicio, une commune de la banlieue d’Iquique. 
“Ce qui n’a pas été vendu à Santiago ou qui n’est pas parti en contrebande vers d’autres pays” comme la Bolivie, le Pérou et le Paraguay “reste ici”, parce que les faire sortir de la zone franche ne serait pas rentable, explique Alex Carreño, qui habite non loin d’une décharge.

“Le problème est que ces vêtements ne sont pas biodégradables et contiennent des produits chimiques ; ils ne sont donc pas acceptés dans les décharges municipales”, explique à l’AFP Franklin Zepeda, qui vient de monter une entreprise de recyclage EcoFibra pour tenter de faire face à ce problème grandissant.

Sortir du problème 
Dans les amas de vêtements émergent un drapeau américain, des jupes en lamé, des pantalons qui ont encore leurs étiquettes, des sweat-shirts aux couleurs de Noël. Une femme, qui ne veut pas dire son nom, s’enfonce  jusqu’à mi-corps dans un tas de textiles pour tenter de trouver des vêtements dans le meilleur état possible qu’elle espère revendre dans son quartier d’Alto Hospicio. 

Des habitants qui vivent à proximité profitent de la situation pour demander entre 6 et 12 dollars pour trois pantalons ou pour remplir un camion. “Ce n’est pas grave, je le vends et je gagne un peu d’argent”, dit-elle. 

Plus loin, deux jeunes migrantes vénézuéliennes, qui ont traversé récemment la frontière nord du Chili, espèrent trouver des habits “pour le froid” alors que les températures peuvent baisser drastiquement la nuit dans la zone.

Selon  une  étude  de  l’ONU  datant  de  2019, la  production  mondiale de vêtements, qui a doublé entre  2000  et  2014, est  “responsable  de  20% du gaspillage total de l’eau dans le monde”.  Selon  le  rapport, la  production de vêtements et de chaussures produit 8% des gaz à effet de serre et, en fin de chaîne, “chaque seconde, une quantité de textiles équivalente à un camion de déchets est enterrée ou brûlée”. 

À Alto Hospicio, un  grand  nombre de vêtements sont d’ailleurs enterrés pour éviter les  incendies  qui  peuvent  être  hautement  toxiques  en  raison de la composition synthétique de nombreux tissus. 

Mais qu’ils soient enfouis sous terre ou laissés à l’air libre, leur décomposition chimique, qui peut prendre des  dizaines d’années, pollue  l’air et les nappes phréatiques. 

Le gouvernement a récemment annoncé que l’industrie textile allait être prochainement soumise à la loi de “Responsabilité étendue du producteur”, en obligeant les entreprises qui importent des vêtements à prendre en charge les résidus textiles et à faciliter leur recyclage.

Dans son entreprise d’Alto Hospicio, fondée en 2018, Franklin Zepeda traite jusqu’à 40 t de vêtements usagés par mois. Les habits synthétiques et en polyester sont séparés des vêtements en coton, puis servent à fabriquer des panneaux isolants pour le bâtiment. 

Après 10 ans à travailler dans la zone franche d’Iquique, l’entrepreneur, las de voir ces “montagnes de déchets textiles” près de chez lui, a décidé de “sortir du problème pour faire partie de la solution”. 
 

AFP

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